Gouvernance: interview croisée
2025 a été une année cruciale pour Unisanté, avec trois changements: un nouveau président du Conseil (l’organe supérieur), un nouveau directeur général et le déménagement de la majorité de nos mille collaboratrices et collaborateurs au Biopôle à Lausanne.
Rencontre avec les deux personnes qui incarnent cette nouvelle étape, Laurent Kurth et Karim Boubaker, qui ont succédé à Dominique Arlettaz et Jacques Cornuz. Complémentaires, ils ont déjà travaillé ensemble par le passé et sont arrivés quasi en même temps à l’été 2025, en période d’économies budgétaires.
Interview croisée de deux personnalités avec des chemins différents, mais des expériences assez proches, réunies autour d’une vision et de convictions communes sur les questions de santé publique.

Dr Karim Boubaker
Directeur général d'Unisanté

Laurent Kurth
Président du Conseil d'Unisanté
1. Unisanté, moteur d’un écosystème de santé au service de toutes et tous
Quel regard portez-vous sur Unisanté dans son écosystème, dans le monde de la santé?
Laurent Kurth (LK), président du Conseil:
Unisanté ne doit pas être assimilée à une administration publique. Elle peut mobiliser ses multiples compétences pour apporter une contribution précieuse en matière de conception et de mise en œuvre de nouveaux modèles de soins, et ce, non seulement pour ses propres services, mais pour d’autres acteurs de l’écosystème sanitaire et en faveur de l’ensemble de la population. Pour favoriser l’innovation et des évolutions souhaitables, elle doit elle-même conserver son agilité.
Karim Boubaker (KB), directeur général:
Être une institution autonome de droit public nous donne une responsabilité qui, pour moi, est une responsabilité de protection du bien commun. Unisanté est un mélange d’expertises: recherche, pratiques de terrain et formation. Notre rôle est d’encourager cet écosystème, de le nourrir et de lui donner une orientation au service de l’intérêt général.
LK: Ces enjeux renforcent encore la pertinence du «modèle Unisanté»: une institution capable d’innover, d’évaluer et de diffuser des modèles utiles à l’ensemble du système de santé. C’est l’occasion de dire que le Canton de Vaud est à mes yeux exemplaire, et joue pleinement son rôle d’autorité sanitaire en développant une vision de santé publique et en y consacrant une organisation et des ressources. Unisanté a la chance de bénéficier d’un appui conséquent des autorités cantonales pour répondre aux besoins de santé publique et à ceux des populations les plus vulnérables.
KB: La transition digitale et la durabilité constituent deux enjeux majeurs pour Unisanté. Sur le plan digital, l'intégration de l'IA dans les métiers de la santé ouvre des perspectives nouvelles, notamment pour l'exploitation des données populationnelles et l'accompagnement des professionnelles et professionnels de terrain. Unisanté entend être exemplaire dans ses propres pratiques et être force de proposition pour le système de santé vaudois.
Quels sont les grands enjeux et votre vision du futur?
KB: Oui, je souhaite qu’Unisanté consolide son rôle d’institution universitaire qui insuffle des dynamiques nouvelles dans le domaine de la première ligne de soins. Plusieurs milliers de patientes et patients nous font confiance comme médecin traitant et nous formons chaque année une centaine de jeunes médecins généralistes. Nous pouvons renforcer cet ensemble de prestations et proposer une médecine solide à la population vaudoise qui veut rester en santé.
Le dispositif de première ligne de soins est un point fort d’Unisanté. Est-ce un axe à renforcer à l’avenir?
2. Un déménagement clé
LK: Le déménagement concrétise physiquement les objectifs qui étaient à l’origine d’Unisanté en 2019: rassembler sous une même bannière des entités appelées à travailler ensemble. Les réunir sur un même site rend cette ambition tangible. Cela permet aussi de développer la transversalité du travail entre équipes.
Vos prises de fonctions respectives coïncident avec le regroupement de la plupart de nos activités sur le campus du Biopôle à Lausanne. En quoi ce déménagement marque-t-il une étape clé pour Unisanté?
KB: J’ajoute que j’ai découvert une nouvelle équipe de direction et de nombreuses activités passionnantes, et ce, dans un contexte d’intenses discussions budgétaires avec les autorités cantonales. Cependant, je tiens à souligner la manière dont l’institution a réagi. Nous avons pu travailler dans un climat de confiance, de respect et d’écoute. Avec Laurent Kurth, nous tenons à remercier l’ensemble du personnel pour leur collaboration durant cette période.
Avec cette réunion des expertises dans de nouveaux bâtiments à Vennes, avons-nous renforcé la dynamique institutionnelle?
KB: Je vois une opportunité, dans ce regroupement, de rencontres spontanées dans les couloirs, un moyen de favoriser les échanges, et donc de créer de la valeur ajoutée. Nous aurons vraiment réussi quand cette dimension sera une envie. Plus qu’une culture, cela doit devenir une envie de travailler ensemble. Sans oublier d’intégrer des collaboratrices et collaborateurs présents sur nos autres sites.
LK: L’arrivée au Biopôle est l’occasion de lancer des partenariats inédits avec des acteurs de la recherche et de l’innovation. Nous cherchons à aller au-delà de l’aspect technologique, en incluant une dimension humaine qui tient compte de la patientèle.
3. Un développement des partenariats
Unisanté a quitté la cité hospitalière. Est-ce une opportunité de créer de nouvelles collaborations?
LK: Nous allons évidemment continuer de travailler avec la FBM (Faculté de biologie et de médecine de l’Unil) et le CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois). Unisanté est encore une institution très lausannoise, alors qu’elle peut apporter une contribution et renforcer ses activités et partenariats dans l’ensemble du canton et collaborer avec des acteurs privés.